Interview de Jacky Collet avant les play-off :
Quatre internationales à l'EVB (Evreux Volley Ball), cela valait bien un petit détour...
(Julie MOLLINGER 20 ans, Alexandra ROCHELLE 26 ans, Hélène SCHLECK 24 ans et Taiana TERE 24 ans)
Vous êtes quatre représentantes de l'équipe de France et...
… nous serons d'ailleurs peut être ensemble aux prochains Championnats d'Europe puisque nous avons été présélectionnées toutes les quatre, me coupe Julie la benjamine, un brin espiègle. Hélène est blessée actuellement mais ils connaissent sa valeur, s'ils la confirment, elle sera prête. Ce serait vraiment énorme pour nous et pour le club...
Quand avez-vous démarré votre carrière en Équipe de France?
Je crois que c'est Hélène qui a commencé la première, dit Alex.
Mais non, c'est toi. Moi, c'était au Championnat du Monde 2006 mais je n'avais quasiment pas joué, j'étais encore très jeune par rapport aux autres joueuses, mais j'y ai beaucoup appris, renchérit Hélène. Par contre, l'année d'après, aux Championnats d'Europe 2007, j'étais dans le six majeur de l'équipe dirigée par Yan FANG (l'emblématique coach de Cannes). On avait fini 7èmes, un bon résultat. Toi, Alex, tu y étais avant moi.
Ah oui? Moi, en effet, c'était en 2005, j'avais 21 ans, confirme Alex.
Julie et moi, c'était l'an dernier lors des qualifications pour le Championnat d'Europe de cet été, poursuit Tere (qui veut qu'on l'appelle ainsi), mais on a manqué de chance toutes les deux, moi je me suis blessée au début et toi à la fin. Cela reste un beau souvenir quand même, l'équipe de France.
Vous espérez toutes être de la partie?
L'espérer oui, mais en être?!!! On s'est toutes dit juste avant la fin du championnat que pour cela, il fallait impérativement qualifier le club pour les play offs et si possible les gagner, dit Alex.
Pour se montrer et enchaîner les grands matches, continue Julie.
Eh oui. Plus longtemps on reste en course et plus on a de chances d'être retenues. Il faut se montrer. Le club ne peut qu'en tirer profit aussi, dit Téré. Mais on a eu un peu peur quand même à cause de nos blessées. Voilà, c'est fait. Maintenant, attendons.
L'Equipe de France, cela représente quoi pour vous?
Une grande fierté pour nous et nos proches, une sorte de consécration, le très haut niveau, impressionnant par moments, de grands matches avec des équipes atypiques qu'on n'a pas l'habitude de rencontrer, de grandes salles combles avec de chaudes ambiances. Petite pause et ça repart: Un grand stress aussi, avec la peur de décevoir de mal faire, de ne pas être à la hauteur... Oui, mais un stress positif aussi, qui te pousse à te galvaniser, le summum quoi, de grands moments.
Les réponses fusent, les yeux de nos demoiselles brillent...
Dites-moi, vous est-il arrivé de vous sentir seule au gré de votre mobilité, en arrivant dans un nouveau club?
Oh que oui, dit Téré dans un souffle. Quand je suis arrivée à Evreux en Août 2005 en provenance de mon île de Tahiti, j'ai cru que le ciel me tombait sur la tête. Cela a été un choc émotionnel intense, ce fut très dur psychologiquement, le changement était vraiment radical.
Personne ne t'a aidée? lui demande Julie. Si, bien sûr, mais en réalité, au moins la première année, je pleurais tout le temps. Mes parents que j'avais au téléphone tous les jours me soutenaient et m'exhortaient («Faut tenir le coup...» «Il ne faut pas te laisser aller!»). Oui, je me suis souvent sentie très seule, me demandant ce que j'étais venue faire là.
Et te voilà en Equipe de France, lui glisse Alex en riant.
Eh oui et j'en suis la première surprise.
Et maintenant, la questionne Hélène, tu te sens toujours seule? Non, Evreux est mon deuxième chez moi maintenant. Mais heureusement, je retourne là-bas au moins une fois par an.
Et toi, Hélène?
Moi, pas du tout. Je ne me suis jamais sentie seule. Et pourtant j'ai bougé. J'ai commencé le volley à 11 ans en 1997 tout en jouant aussi au tennis pendant trois ans. Et c'est à quinze ans que j'ai quitté mon Alsace natale pour rejoindre le pôle espoirs de Nancy. J'y suis restée deux ans. Puis ce fut l'INSEP à Paris et enfin l'IFVB à Toulouse... (deux années durant lesquelles Hélène se blessera gravement à chacun des deux genoux) et enfin Albi où je suis arrivée en 2005. C'est là que j'ai rencontré Alex, j'y suis restée cinq ans. J'ai appris très jeune à me débrouiller par moi même.
En fait, poursuit Alex, c'est paradoxalement ici à Evreux que je me sens le plus seule. Ce n'est pas dû au club ni à la ville mais au fait que cette année, je n'ai que le volley pour remplir ma vie. Auparavant, lorsque je poursuivais mes études, à Toulouse quand je jouais à Albi, j'avais un emploi du temps bien rempli (Alex est titulaire d'un Master 2 en Ressources Humaines). Même pendant mes dix huit mois d'arrêt à la suite de ma blessure au poignet, je n'ai pas eu le temps de gamberger, j'ai travaillé à la mairie d'Albi et même comme prof. Le volley, c'est ma passion mais n'avoir que cela cette année, ça me perturbe.
Je comprends ce que tu veux dire, lui répond Hélène, moi j'ai d'abord eu ma formation d'Educatrice et là je suis en formation d'Infirmière à L'IFSI d'Evreux, cela me motive.
Moi, je n'ai que vingt ans, continue Julie. L'EVB est mon troisième club après Albi en 2009 et Nancy en 2010. Auparavant, j'étais en formation à Toulouse, pour moi cela s'est toujours bien passé. Ce n'est qu'après ma blessure (une déchirure abdominale) que je me suis un peu sentie seule. Ici à Evreux, j'ai Gaëlle ma sœur aînée. Je suis née à Paris et ma famille est sur Bordeaux, alors la mobilité je connais.
Votre avenir post volley semble d'ores et déjà bien déterminé pour vous deux, Alex et Hélène, mais vous Julie et Tere?
Je commence à me poser la question, dit Julie, pour l'instant j'ai une place à me faire dans le volley. Je ne pense pas encore à l'avenir lointain.
C'est pour moi le volley et uniquement le volley, poursuit Téré. C'est ma passion, c'est mon amour pour ce sport collectif qui me motive, je vis cela à fond, mais je songe également à mon avenir même si c'est encore un peu flou. Cela viendra en son heure.
Dites-moi, la plupart des sportifs de haut niveau sont, on le peut le dire ainsi, en CDD permanent, n'est-ce-pas angoissant? Surtout pour les femmes, moins bien payées que les hommes, avez-vous déjà signé des contrats longue durée?
Moi jamais, dit Hélène. J'ai joué cinq ans à Albi mais à chaque fois d'un an renouvelable, sans doute à cause de mes blessures... En ballotage permanent quoi! C'est vrai que dans ces conditions on ne sait jamais de quoi demain sera fait, mais bon, je l'ai bien vécu.
Moi, reprend Alex, j'ai eu une fois un contrat de trois ans à Albi et cela m'a permis de poursuivre mes études mais le sentiment d'insécurité est quand même toujours là, on ne sait jamais si l'on pourra aller au bout.
Je n'ai connu que l'EVB pour ma part, continue Téré, j'y ai tout connu, deux accessions et maintenant la Ligue A, la Coupe d'Europe, l'équipe de France, ma progression a suivi celle du club. Je savoure...
Dites-moi, quand l'on bouge autant, est-ce que cela peut avoir des conséquences au niveau affectif?
Que voulez-vous dire? questionne Alex.
Avez-vous perdu un petit ami par exemple à cause d'un changement de club?
Ah d'accord! Je n'ai pas trop envie d'en parler mais je connais des filles et des garçons à qui c'est arrivé et qui en ont souffert en effet, reprend-elle.
Je n'avais pas encore songé à cela, poursuit Julie un peu songeuse, mais c'est vrai que ce peut être une éventualité à ne pas négliger, mais comment y remédier?
Moi je n'ai pas encore changé de club, dit Tere en riant, donc tout ce qui a pu m'arriver ne peut être dû à cela...
Evidemment que c'est un paramètre non négligeable dans la vie d'un(e) athlète de haut niveau, il n'y a que douze clubs de Ligue A en France, souvent très éloignés les uns des autres... termine Hélène.
Autre question: avez-vous des relations privilégiées avec d'autres sportifs de haut niveau à Evreux? (regards surpris de la part de toutes).
Non, non, non, on ne se connait pas du tout. Ludy nous a dit que Philippe Da Silva et sa famille, par exemple, sont très abordables et chaleureux, mais non on ne connaît pas les autres sportifs d'Evreux, c'est un peu dommage c'est vrai (clin d’œil aux dirigeants de clubs ébroiciens).
Au sein de l'équipe, avec qui avez-vous le plus d'affinités?
Oh la question vacharde, dit Hélène en riant, moi c'est très simple, mon idole c'est Alex. Et j'admire Ludy pour son tempérament. Mais avec ma formation d'infirmière, j'ai aussi d'autres centres d’intérêt et d'autres connaissances.
Moi j'ai une amitié très forte avec Tracy (Valerin), mais aussi avec Téré, poursuit Julie. Et un énorme respect pour Ludy notre capitaine, j'ai intérêt à le dire (rire), car elle m'emmène en voiture...
Hélène, c'est mon idole à moi aussi, dit Alex, heureusement qu'elle est là. Moi aussi, comme toutes dans l'équipe j'adore et j'admire Ludy, Marième également, mais vous savez on se soutient toutes entre filles, on a besoin les unes des autres.
Eh bien, j'y vais alors, termine Tere, moi aussi j'aime Ludy, Gaëlle, Marième, Julie, Aga, tout le monde tiens, franchement je m'entends bien avec tout le monde... Je sais aussi qu'Aga est la préférée de tous les bénévoles avec Ludy, on me l'a dit!
Tu devrais te lancer dans la diplomatie toi, rétorque Alex en riant sous cape.
Auriez-vous quelque chose à dire qui vous tient à cœur après notre conversation?
Oui, dit Julie, on est toutes les quatre sélectionnées en équipe de France mais on n'est pas l'équipe à nous seules. On a fait une saison en dents de scie, on le sait, mais on a été là au moment crucial et cela on l'a fait tous ensemble...
Si Ludy avait épousé un sportif français au lieu d'un sportif brésilien, elle y serait avec nous, poursuit Téré.
Oui et Gaëlle ma sœur, si elle n'y est pas (encore), elle a été de toutes les sélections de jeunes, c'est une internationale elle aussi! reprend Julie.
Marième a joué en équipe du Sénégal, j'en suis sûre, continue Alex...
Bonne question, on va se renseigner pour toutes les autres, Yuliia, Aga, Gorana et Tracy aussi, termine Hélène. On ne les oublie pas.
Un dernier vœu?
D'abord, on est fières d'avoir offert au public de nouveaux matches gagnants à domicile, et des matches couperet, puisque l'on est allées au bout, il le mérite bien, dit Téré.
(toutes ensemble).
Le vœu c'est de voir le club encore plus haut l'an prochain...
Merci à vous.